Le mariage précoce en Afrique de l’Ouest
Samedi 24 janvier 2025 de 9 h30 à 16 h00
Avec Roméo Kokouvi Messa-Gavo, co-auteur du livre

Avec Roméo Kokouvi Messa-Gavo, co-auteur du livre
« Le mariage précoce chez les Haoussas et les Peuls : Approches et solutions ».
Le mariage précoce, dans le monde, par ses conséquences sur la vie des jeunes filles, représente un vrai défi de santé publique dans la mesure où il met en tension, d’une part des coutumes multiséculaires fortement ancrées au sein des populations qui le pratiquent, et, d’autre part des valeurs considérées comme universelles qui vont de la protection de l’enfance à l’affirmation de la liberté sexuelle, valeurs garantes d’un accès à la fois à la scolarisation comme à une meilleure santé de millions de femmes et d’enfants.
Il est particulièrement répandu dans les populations Peuls et Haoussas d’Afrique de l’Ouest (mais également en Asie du Sud-Est), malgré les lois qui répriment le mariage précoce et les conventions qui protègent les enfants. En effet selon UNICEF, près de 12 millions de filles seraient mariées pendant leur enfance chaque année dans le monde, et si rien n’est fait, plus de 150 millions d’autres filles seront mariées avant l’âge de 18 ans d’ici à 2030. L’OMS estime de son côté que sur 140 millions de filles qui seront mariées avant l’âge de 18 ans, 50 millions auront moins de 15 ans.
Les raisons qui, malgré les lois en vigueur, expliquent la persistance de ces pratiques, sont multiples : renforcement des alliances familiales, éviter les grossesses hors mariage, préservation de la virginité de la jeune fille. …
Comment dès lors, endiguer ces pratiques délétères pour des millions de femmes et d’enfants tout en respectant l’identité des populations ? Peut-on considérer qu’il s’agit d’un marqueur identitaire et que peuvent dès lors les valeurs universelles de protection de l’enfance, de préservation de l’autonomie de la personne, portées par les grands organismes internationaux, face à des coutumes qui la nie (la grande majorité des mariages précoces sont forcés)
Ce conflit, déjà manifeste sur la question de l’excision, est l’occasion, pour les « Ateliers Ricœur », d’aborder la problématique de l’universalisme opposé au relativisme, thème d’une actualité ô combien brûlante en cette époque où l’on pose un signe égal entre une opinion et une vérité, entre réalité et complot, entre vérité scientifique et pseudo-science, au nom du « chacun sa vérité ».
Cette journée sera pilotée par notre président, Kokouvi Roméo Messa-Gavo, co-auteur, avec Enzimat Bakary, du livre « Le mariage précoce chez les Haoussas et les Peuls : approches et solutions ». Nous tenterons, par nos échanges de dépasser la complexité de cette réalité africaine, pour aller vers un questionnement … universel qui nous permettra de revenir tant sur des penseurs de l’universel, que des tenants du relativisme, en gardant en mémoire les mots de Montaigne : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ».